Les mots.

Les mots qu’une maman d’un enfant (du mien) ne peut plus entendre …
Il y a des choses qu’on ne peut plus entendre, peut-être  simplement parce qu’on nous a trop posé ces questions, et que nous ne connaissons pas les réponses. Possible.  Je ne sais pas.
« Souvent, ces phrases se veulent des encouragements.

Mais elles dénotent plutôt une incompréhension qui finit par nous faire sentir encore plus seuls ».

(source : blogs.apf.asso.fr)
  • “Oh, on ne dirait pas !”
Quoi, on ne dirait pas ? On ne dirait pas quoi ?
Non, on ne voit pas qu’il lui manque un petit morceau de ce putain de chromosome 2 qui fout le bordel dans sa tête. Ben si, ça se voit, ça s’entend, ça se remarque.
Pourquoi me dire cela ?
Et de toute manière, cela change-t-il quelque chose ?
Seras-tu plus sympa avec moi ?
Avec Lui ?
Je pense qu’on me dit cela “pour me faire plaisir”, “pour que j’ai l’impression d’avoir un enfant “traditionnel”…”
Ben, heu. Non. Je n’ai pas un enfant traditionnel !
Ce que j’aimerai entendre, c’est plutôt : “ Quel bel enfant !” (point, pas de malgré son handicap, malgré tout, et blabla, non, juste “Qu’il est beau !”… comme on dit aux mamans à la maternité de leur rejeton. Point !)
  • Mais laisse-le, hein, il ne peut mal”.
Ah bon, tu sais ?
Tu as la science infuse et tu sais qu’il ne va pas pêter un plomb et pousser violemment un autre enfant (ou un adulte) ?
Tu crois que cela n’est jamais arrivé ?
Demande à Eliott, qui a toujours une cicatrice sur le crâne !
Demande à la petite Clémence si elle était super rassurée d’être sur ses genoux ? (ndlr : même si ce souvenir est un des plus beau de François, et qu’il a adoré pouvoir avoir un petit bébé dans les bras…)
Qu’il n’est jamais tombé dans une piscine ?
Qu’il voit le danger ?
Tu en sais plus que moi, sa propre mère ?
Tu le connais vraiment si bien ?
Toi qui le vois peut-être même pour la première fois ? Tu sais ?
J’ai simplement envie de répondre : “ Ta gueule”.
Ce que j’aimerai entendre, c’est plutôt lors d’une fête de famille ou entre amis : “allez, va boire un verre, je reste près de lui et je ne le lâche pas des yeux, t’inquiète…”
Mais ça, c’est plus rare…
  • “Et plus tard, que vas-tu faire ?”
Heu, je ne sais même pas ce que je vais faire demain, alors ?
Mais merci de rajouter une couche à ma plus grande peur : DEMAIN !
Bien oui, moi, je ne sais pas.
Vous, parents d’enfant traditionnel, votre job, c’est un diplôme, un permis de conduire, et un peu de sous sur un compte Kangourou au mieux.
Après, qu’il se démerde votre gosse. Vous avez rempli le contrat de parents.
Moi, heu… Bon les études, t’oublie, le permis encore moins, reste les sous, mais comme de toute façon, il ne sait pas compter …
Et bien demain, je ne sais pas ce que je ferais.
Je prie pour qu’il y ait un endroit où mon fils soit le plus heureux possible.
Et on verra.
Est-ce que je vous demande ce que vous allez faire plus tard de vos enfants ?
Non, mais quelle question débile !
Pourquoi poser ce genre de question que vous ne poseriez pas à des parents traditionnels ? J’ai simplement envie de répondre : “ Ta gueule”.
Ce que j’aimerai entendre, c’est plutôt : “Je comprends que tu te tracasses pour l’avenir de ton fils. Je t’écoute, et si je peux t’aider, je suis là”.
  • “ Et il parlera un jour ?”
Là, j’ai directement envie de répondre : “ Ta gueule”.
Non, il ne parlera pas.
Sinon, il l’aurait déjà fait. Il a 13 ans !
Il dit “Gaga” pour papa et “coco” pour chocolat.
Et c’est ma plus grande prière, mon plus grand espoir, qu’il communique plus, mieux, et d’être compris par un maximum de gens.
Mais non, il ne parlera jamais correctement.
Il ne pourrai jamais dire qu’il est perdu, qu’il a peur, qu’il a mal à son petit coeur.
Jamais.
Jamais.
Alors, “ ta gueule”.
Ce que j’aimerai entendre, c’est plutôt … Bien non, sur ce sujet, j’ai rien envie d’entendre. Même pas un c’est dommage qu’il ne parle pas. Ben, oui, c’est dommage.
Ou alors, peut-être quand il “dit” quelque chose, qu’on me demande ce qu’il veut dire par là … (Oui, moi, j’ai plus ou moins une sorte de décodeur anti-cryptage et j’arrive à comprendre (enfin, je vous avoue que je devine beaucoup).)
Voilà, maintenant vous savez.
Et le sacro-saint « Courage »... Non, non, je ne veux plus entendre le mot « Allez, courage »
Courage de QUOI ? Comment ? Dites-moi comment avoir du courage ?
Comme je dis toujours, je ne sais ni ce que je veux, ni ce que je peux, je fais ce que je DOIS.
Si vous êtes confrontés à une différence, un handicap ou autre, n’essayer pas les questions maladroites, essayer plutôt l’empathie et l’amour, ça marche mieux 😉
Je me rend compte, en me relisant toute la colère qui est encore en moi, malgré ses années d’apprivoisement de l’handicap.
Pardonnez-moi, j’ai parfois tellement besoin de crier.
J’ai parfois besoin d’entendre, de lire vos belles paroles. Elles me réconfortent, m’apaisent.
Elles me touchent, me complimentent… Elles m’aident tant dans ce tourbillon de souffrance éclairées par de si grands bonheurs.
Car oui, malgré les phrases que je ne peux plus entendre, il y a tant d’autres mots d’amour que j’ai eu tant de chance d’entendre.
Pardon pour ma colère.

2 commentaires sur “Les mots.

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