J. Mars 2017

 

Au revoir J., que dans les instants d’amour vibrent l’éternité de ton souvenir.

 

 

Je n’ai pas de mot. Pas de mot pour apaiser cette terrible souffrance, cette tragédie.

Bouleversant, tragique, dramatique, douloureux, inconcevable, inacceptable.

 

J’ai reçu un message, court, ce dimanche. Un message d’une de mes meilleures amies. Une amie comme on en a peu, celles qui se compte sur les doigts d’une main. Celle avec qui j’ai rit, j’ai pleuré, échangés tant de choses. Un sms pour que je sache, car elle devait me l’annoncer. Un sms plus facile à écrire que des mots à prononcer.

Elle m’écrit au sujet de son beau-fils… Il s’est suicidé ce dimanche matin. Il avait 26 ans.

 

Je ne comprends pas. Je n’arrive pas à y croire. J’ai mal. Pour lui, son père, sa sœur, sa maman et sa belle-mère, mon amie.

« Si quoique ce soit, on arrive ».

Que pouvais-je écrire d’autre ? Je n’ai pas de mot. Je voudrais avoir les mots qui apaisent, qui calment, qui, pendant ne serait-ce qu’une minute, arrête cette torture.

J’ai envie de prendre ma bagnole et de filer jusque là.

Mais je sais que ce n’est pas ma place. Il y a déjà assez de monde. Grande famille, ils sont très bien entourés. Tout le monde va vouloir consoler, essuyer les larmes, aider comme ils peuvent. Et puis, elle sait. Elle sait que je suis là. Je serais toujours là pour elle, comme elle a été, et sera, toujours là pour moi.

 

Les visites au funérarium, lundi. Le cercueil est beau, orné du drapeau belge. D’innombrables fleurs viennent déjà entourer ce jeune homme. On entend chuchotements et sanglots. Les marques d’affection sont présentes. Les gerbes sont plus belles les unes que les autres. « A mon fils » lis-je sur l’une d’entre elles. Mon coeur se serre. Un étau se referme dans ma gorge. Mes yeux piquent. L’amour qui règne dans cette pièce est palpable, tendre. Les yeux remplis de larmes de la maman me déchire le cœur. On ressent la force de cette famille comme on décèle l’intensité de leur amour.

Les sillons de la tristesse visibles sur le visage de mon ami, le papa, me font l’effet d’une épée qui traverse mon âme. Je vois mon amie, elle murmure un « c’est dur » des sanglots dans la voix. Je ne sais que dire. Je les aime tant. J’ai tant de peine pour eux…

Je prends mon ami dans mes bras. Je l’embrasse sur la joue et lui dit que je l’aime, que c’est mon ami. Je pleure. Je n’arrive pas à ne pas pleurer. On se serre tellement fort la main que la douleur ressentie par cette pression nous donne l’impression qu’elle allège un peu celle du cœur. Il n’en est rien. Rien. La terrible souffrance du deuil.

La souffrance de la mort. Cette mort inhérente à la vie, mais qui arrive de manière si brutale. Cette mort qui enlève une partie de notre cœur. Cette mort qui a tué à jamais une partie de l’âme de mon ami. Cette mort, libératrice pour le fils, fera mon ami prisonnier d’une terrible douleur. Le père captif de l’acte de délivrance de son enfant.

 

La perte d’un enfant. Comment se relever ?

Comment faire face ?

On ne le fait pas.

Cela n’a rien à voir, mais c’est un peu comme avec mon fils. Il ne fait pas essayer d’accepter. Il faut apprivoiser la souffrance pour qu’au quotidien, elle devienne une alliée, quelque chose d’intégrant dans notre vie. Je pense que ici c’est pareil. En pire… En pire.  En fait, non je ne sais pas. Je ne connais pas cette douleur-là. Je ne peux qu’essayer de l’imaginer. Et je n’y arrive pas. Je transpose et me dit si c’était mon enfant ? Je chasse vite cette idée de ma tête, car c’est inconcevable. Et l’inconcevable est arrivé à mon ami. L’inadmissible, l’inimaginable, l’inqualifiable, et tout les autres mots en IN-…

 

Cet enfant, enfin ce jeune homme, était, comme on dit « pas fait pour cette vie-ci »… Il le sera peut-être pour une prochaine.

Impossible d’être heureux, il a vu en la mort la seule possibilité pour lui de sérénité.

Il a fait cela bien, avec des lettres, de l’amour. Il a choisit.

 

Le suicide n’est pas une fin en soi, c’est juste le moyen de trouver une solution à l’impossibilité de vivre sans souffrance. Il souffrait énormément. Le suicide était le seul espoir pour cet homme qui n’en avait plus. Je comprends cette démarche, même si je ne peux l’accepter. J’ai connu d’autres personnes qui avaient fait ce choix. Je les aimais, je les respecte. Je leur dois bien ça.

Il a fallu beaucoup de courage et de conviction.Sa douleur l’a emporté sur ses doutes, s’il en avait. Je comprends le trou sombre de la dépression. Ce sentiment désolant de tristesse profonde. Moi, j’ai des coups de spleen comme on dit, car la vie est faite de hauts et de bas… Mais les personnes atteintes de dépression, de mélancolie c’est « autre chose »… Cet abattement, cette humeur maussade vous laissant un gout de tristesse qui envahit vos émotions, vos interactions, votre comportement, est tellement dur à vivre. Les gens ne comprennent pas. « Il avait tout pour être heureux », Voilà ce que les gens pourraient dire. Non, il n’avait pas tout pour être heureux ! Il ne l’était pas ! Il lui manquait cet élan vital, ce soleil intérieur qui nous fait voir la vie côté lumière. Il était dans les ténèbres depuis si longtemps… Les ténèbres…

Et cela n’a rien a voir avec les biens matériels qu’il possédait, ou son entourage, sa famille. Cette noirceur dans laquelle il vivait faisait partie de lui, simplement.

 

Mercredi, funérailles. Je sais qu’elles seront merveilleuses… Je ne sais pas si on peut dire cela ! Mais je sais que ce sera très beau. A l’image de l’Amour que J. portait au sein et inversement. Je sais que cet au-revoir sera le plus difficile, le plus douloureux que mon ami n’ait jamais eu à faire. Mais je sais que cela sera beau. Que cet adieu sera tendre, aimant, pardonnant.

Oui. le pardon. Pardonner quelqu’un d’un acte qui nous pose tant de chagrin. Moi, pour une autre personne, je l’ai fait. Cela m’a fait du bien. J’espère qu’ils lui pardonneront comme j’ai pu pardonner. Je l’espère.

 

Et je suis si triste pour ses parents, pour sa famille, pour mes amis.

Je suis si triste.

Comme je voudrais pouvoir faire quelque chose.

Comme je voudrais !

 

 

 

 

 

 

14 commentaires sur “J. Mars 2017

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  1. Pardon je suis son mon portable et j ai envoyé trop vite. Toutes me condoléances. Ç est une mort voulue par la personne mais qui n à reste pas moins tragique et terrible. Je vous souhaite beaucoup de courage, de pouvoir parler, partager, vous soutenir et être là les uns pour les autres dans cette terrible épreuve. Gros bisous

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