Gris. Février 2013

Les jours sont gris, blancs, noirs, parfois juste blancs, parfois rien que noirs et souvent … gris.

L’avantage avec la grisaille, c’est qu’on sait qu’elle ne durera pas.
Pour le moment, je suis un peu dans la grisaille, mais je sais que bientôt le soleil réchauffera mon cœur et mon âme.
Je serais, en ce moment, dans une sorte de carrefour de ma vie, m’a-t-on dit.
Surtout un carrefour pour François, oui !
Moi, je serais toute ma vie dans un carrefour.
A devoir choisir.
Choisir c’est renoncer.
Je n’ai pas envie de choisir.
Alors, je ne choisis pas, je décide.
Je décide que François doit peut-être prendre encore un autre chemin de vie, partir peut-être autre part, encore plus loin de moi, pourtant il est déjà si, si loin…
Donc, j’ai mal ma poche.
Encore.

Mais je décide ce qu’il y a de mieux pour lui.
Pour nous.
Je ne veux pas que cela soit comme cela.
Je ne veux pas que François soit comme il est.
Je ne veux pas à avoir faire ces choix.
Je ne veux pas aller à l’Hôpital.
Je ne veux pas aller visiter des SRJ, IMP ou peu importe le nom qu’on leur donne…
Je ne veux pas prendre ces rendez-vous.
Je ne veux pas faire ces démarches qui font encore un peu plus saigner mon cœur.
Je ne veux pas « faire comme si tout allait bien » et que j’acceptais tout cela comme si c’était normal.
Je ne veux pas.
Je ne veux pas…

Mais je le fais.
C’est comme ça.
Pas le choix, non, je décide de mettre tout en śuvre pour que mon petit garçon soit bien.
Mais il faut que je crie.
Il faut que je hurle un coup.
Que je crache au monde (donc à vous, hein !) que j’ai mal ma poche.
Comme dans la chanson de Bruel : « Envie d’crier sa haine comme un chat qu’on égorge ».
Que c’est un combat de voir le verre à moitié plein qu’à moitié vide.
Que c’est un combat de traverser cette épreuve.
Que ma vie est un combat.
Que je me bats tout les jours…

Que, mine de rien, ce carrefour-ci est un chemin qui mène vers une route que je ne connais pas. On a toujours peur de ce que l’on ne connait pas.
Que, parfois je m’en veux de « me plaindre » comparée à d’autres….
Mais vous savez bien, reconnaissez-le, quand on est malheureux, on s’en fout un peu que les autres le soient plus ou moins que nous…
Ça remet les idées en place, dit-on, je ne suis pas sûre.
N’avez-vous jamais entendu « oh, regarde un peu celui-là, hein, et tu te plains, toi ??? »
Ben, heu….
Oui.
Merde quoi !
On a bien le droit parfois de crier, de se plaindre, de dire qu’on n’est pas au « top », qu’on a envie que d’une seule chose, se foutre sous la couette et d’en sortir « quand tout sera arrangé ».
Je crois que simplement, ça fait culpabiliser encore plus…
Alors oui, je n’ai peut-être pas à me plaindre comparée à d’autres, mais je le fais quand même…
Parce que, comparée aussi à d’autres, je n’ai pas vraiment « la belle vie »…
Et que le handicap d’un enfant ça vous pête la vie.
Ca ne la détruit pas, non, ça la pête, c’est tout.

Hier, je relu toutes les conclusions et rapports d’hospi de François (un paquet d’feuilles).
Et je me suis rappelée…
Par où j’étais passée.
Par où nous sommes passés…
L’épilepsie, les crises, les broncho-pneumonies, le retard mental, les « petites maux » tels l’orchidopexie, les drains, l’hernie inguinale ou encore le RGO, les rapports de psychomot, les traitements, les études génétiques, les scanners, les radios…
L’enseignement normal (et son échec), la Court’Echelle puis l’internat, et maintenant…
Que je suis parfois fatiguée de faire ce tel combat.
Et que je suis hélas trop sensible et trop émotive.
Et que je ne connais, comme mécanisme de défense, que les larmes…
Mais…
Je connais aussi la volonté, le courage, la force, la vaillance.
Je suis « Nana Croft ».
Je suis une guerrière.
Comme d’autres… Comme les Mousques-mères, les Mamans-Kangourous…
Les mamans pas comme les autres…

Alors même si je ne veux pas.
Alors même si je préférerais me coucher sous la couette, je vais tout doucement accepter cette épreuve.
Sans me mettre de la pression, car je ne suis pas pressée.
Je rentre juste dans une réflexion, dans un cheminement.
Je vais prendre la route du temps, prendre le temps.
Prendre le temps de prendre les bonnes décisions.
Et avancer.
Encore.
Un pas après l’autre.
Avancer.
Et ne pas faire uniquement « ce que l’on peut » mais faire « ce qu’il faut faire ».
Le faire bien.
Avec sérénité.

Merci de m’avoir écouté crier.
Ça fait du bien.
Libératoire.

2 commentaires sur “Gris. Février 2013

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